Rachel Stroik
Jean-Paul ACERBE

Mon nom est Jean-Paul Acerbe, mais je déteste mon nom.  J'habite dans
un immeuble à Paris, mais je déteste l'immeuble et aussi Paris.  En fait, il
n'y pas beaucoup de  choses que je ne déteste pas.  Mon frère m'appelle "un
misanthrope," mais je préfère penser que je suis seulement un pessimiste.
C'est rare que je trouve quelqu'un qui m'impressionne, mais je ne déteste pas
toute l'humanité.
        J'ai cinquante-six ans, mais je me sens plus âgé.  Comme je fume
beaucoup et que j'ai des rides sur ma tête,  je ressemble peut-être à mon
père.  Je suis chauve (avec un peu de cheveux gris), comme lui aussi, et j'ai
toujours une expression de dégoût dans le regard.  Si vous pouviez imaginer un
vieil homme qui est un peu gros, avec les yeux enfoncés, les lèvres fines, la
peau pâle, et une voix rauque, peut-être auriez-vous peur.  C'est comme le
reste des gens qui m'évitent à cause de mon regard intimidant et effrayant.
Ca, c'est la raison pour laquelle c'est plus facile d'éviter les femmes, que je
déteste pour beaucoup de raisons.  C'est clair maintenant que je n'ai pas de
femme ni d'enfants, et que j'habite dans mon appartement seul, avec mon seul
ami - le silence.
        Et vous, peut-être, vous demandez-vous pourquoi j'habite dans un
immeuble que je déteste, dans une ville que je déteste?  Si je pouvais,
j'habiterais dans le désert, avec absolument rien.  Mais j'habite dans un
immeuble avec des gens.  Oui, mes voisins - les imbéciles dramatiques.  Je les
études, je les regarde, je les écoute.  Mes voisins sont la raison pour mon
succès.  Alors, peut-être vous rendrez-vous compte de ma carrière.  Je suis un
écrivain satirique (non non, le MEILLEUR écrivain satirique).  Tous mes livres
sont tirés des gens qui habitent dans mon immeuble, et j'admets qu'ils peuvent
être très intéressants si vous avez de l'esprit comme moi pour les décrire.
        J'ai commencé d'écrire quand j'avais seize ans, mais toutes mes oeuvres
ont décrit les histoires d'Emilie - mon amour.  Cependant ces histoires se sont arrêtées
soudainement quand j'ai appris qu'Emilie ne m'aimait pas.  Quel garçon
pathétique...mes larmes, mon cœur effrondré - pour une fille stupide!  J'ai
fait vœu de ne jamais écrire de romans d'amour.  Quand j'ai déménagé et que je me suis
installé dans cet immeuble il y a dix ans, j'ai découvert une passion pour la
littérature satirique.  Immédiatement, mes livres sont devenus très populaires,
et j'étais célèbre.
        Je passe tout mon temps dans mon immeuble pour surveiller mes voisins,
mais dans mon appartement, je deviens un génie.  Il est nécessaire, alors, que
mon appartement ait l'apparence de celui d'un génie.  J'ai beaucoup de fierté
dans mes meubles, mes tableaux, et mes livres.  Chaque possession est arrangée
parfaitement et bien organisée.  Mon canapé et mon fauteuil sont en cuir noir,
et mon bureau et mon armoire sont en chêne sombre.  Mes murs sont couverts
d'étagères avec les oeuvres des écrivains français, et mon écrivain anglais
favori- Douglas Adams.  Tout est simple et sophistiqué - comme moi.  Une chose
intéressante  au sujet de mon appartement est sa grandeur.  C'est vrai que je suis très
riche, oui, mais je me fiche de l'argent!  J'habite au quatrième étage, et je
suis heureux à cet endroit.  Je serais suicidaire si j'habitais avec les gens
snobs et égoïstes du deuxième étage
        Je pense que les deux choses les plus importantes sont l'intelligence et
un lit confortable.  J'ai les deux, et c'est tout ce que je veux.  J'aime bien
la satire parce que de temps en temps, je peux faire comprendre les absurdités
de la vie à quelqu'un.  Si les gens voient la vie comme quelque chose de simple
(sans argent, sans conflits, sans drame), alors mon but est complet.  Mais,
avec l'avarice, le pouvoir, les péchés... il n'y a pas beaucoup d'espoir.
Pour cette raison, je suis un pessimiste, et je continuerai à détester le
monde,  les gens,  Paris,  mon immeuble, et surtout, mon nom.