Nicole Cerniglia
MAUDE LAMBERT

 J’ai trouvé une belle lampe en vitrail dans le magasin d’antiquités hier après le déjeuner. Quand je l'ai emmenée à la maison, j'ai vu qu'elle ne correspondait à rien. Je rassemble des choses sporadiquement pour mon appartement, ainsi le décor est le résultat de plusieurs années de changement de mes goûts.

 Il est ridicule que je poursuive cette habitude de faire des courses parce que l'accumulation d'objets aléatoires contrecarrera mes plans futurs. Je ne resterai pas à Paris longtemps. En effet je désire m’installer ailleurs et acheter ma propre maison à la campagne. J'ai commencé récemment à travailler pour le Domaine de Lambert, un château avec des vignobles dans le Languedoc. Mon premier vrai travail. Il y a un petit signe sur mon bureau qui dit, "Maude Lambert, Assistante de direction" (aucune relation, malheureusement). Je gagne un bon salaire, et mon patron, le Directeur, me promet quelques gratifications pour les faveurs supplémentaires que je fais. Je distribue sa correspondance personnelle à ses associés parisiens, j'écris des cartes de remerciement à ses amis et à sa famille, des choses comme ça. Oui, c’est vrai que j'ai assez d'argent pour déménager tout de suite, mais j'attends. Quelque chose. Quelqu'un. J’essaye de n’être pas anxieuse, mais j’ai 30 ans. C'est un âge impatient.

 Et voici le paradoxe de la femme moderne. Elle est instruite, employée, indépendante.  Mais il y a toujours quelque chose dont elle manque. Elle désire être plus…je ne sais pas exactement. Je suppose qu'elle veut avoir son gâteau et le manger aussi, comme le disent les Americains. Mais qui ne veut pas la même chose ? Je suis toujours frustrée avec cette contradiction. Maintenant que j'y pense, c'est fou pour des professeurs de demander aux écoliers ce qu'ils veulent être quand ils seront adultes. Ils devraient donner à chaque enfant un choix de peut-être deux ou trois professions, alors l’enfant ne sera pas vexé d’apprendre qu'elle peut seulement choisir, une sur un million. Quand j'étais jeune j'ai voulu être une douzaine de choses différentes. Chanteuse, danseuse, athlète olympique. Au cours des années, mes intérêts ont rétréci pour éliminer les vocations moins probables.

 À la Sorbonne, j'ai exploré plusieurs plans de carrière. Journalisme (comme mon père), art, affaires et politique. Finalement je suis ici, l'assistante d'un homme riche dont je n’étais jamais rencontré. Heureusement j'ai des occasions de voyager et de rencontrer des gens influents.

Vraiment, un temps dans la vie arrive quand on peut seulement poursuivre quelques possibilités, ou peut-être une possibilité. En réalité, nous ne pouvons pas avoir toutes les ambitions de l'enfance. Nous choisissons une spécialité pour gagner un bon salaire. Nous négocions les désirs de nos rêves pour une carrière. Parfois, cependant, je me demande pourquoi j'ai sacrifié les choses importantes.

 Je n’ai jamais voulu d’enfants. Je l’ai dit à ma mère, et elle m’a expliqué, « Attends d’être plus âgée. Ce sera différent. » Je suppose qu’elle a raison. Il y avait un temps où je mangeais seulement des spaghetti chaque jour. La même histoire. Ainsi, maintenant, je m'occupe en cherchant des lampes et des peintures. Il est possible qu’elles soient bientôt démodées, mais elles apportent une certaine permanence à mon style de vie semi-permanent.