« Non, ce n’est pas juste ! Tu ne dois pas lui permettre de te traiter comme ça ! Mon mari m’achète des fleurs, il est sympathique tout le temps, et il n’est jamais fâché. Il est calme et tranquille. C’est la raison pour laquelle notre mariage est très fort après vingt ans. » Voilà ce que j’essaie d’expliquer à sa femme qui va pleurer.
Cette femme, Mme Beauregard, s’assied devant moi. Je tiens doucement sa main, vieille, ridée et elle m’explique sa vie pendant que je fais ses ongles. Chaque semaine elle vient à moi pour discuter les problèmes de son mariage avec un homme qui n’est pas assez romantique pour elle, ses problèmes avec sa santé et avec tout le monde. Nous discutons et trouvons des réponses qui nous satisfont. Elle est plus âgée que moi, j’ai seulement 41 ans, mais, je suis plus sage. Je lui donne des conseils, je suis son mentor, eh bien, on peut dire psychologue. Beaucoup de femmes viennent, pour que je leur fasse des manucures mais, il y a plus que ça. Ces femmes sont plus que mes clientes, elles sont mes amies, que je les aime où que je les déteste, je dis toujours la vérité.
« Oui, mais Lin, tu ne comprends pas. C’est mon mari
de vingt-cinq ans. Je l’adore mais… je pense qu`il est trop occupé
avec son travail pour me donner un peu d’attention. » Je finis
son index et je commence avec son medius, en essayant de me pas être
trop hérissée. « Mme Beauregard, vous devez être
ferme avec lui. S'il ne vous respecte pas, vous devez quitter la
maison. » (J’utilise son nom quand je suis très sérieuse.)
Je suis honnête, quelquefois, trop honnête. Mais
c’est la façon dont mes parents m’ont élevée. Quand
j’étais petite à Hanoi (au Vietnam), ma mère m’a dit
que c’était plus important d’être honnête que sympathique,
spécialement avec mes amis. Donc, je dis ce que je pense.
« C`est vrai qu'il doit me respecter, Mme Wophan, mais quitter la
maison, tu es folle. J'ai cinquante-cinq ans, je n`ai rien
sans lui. » Je regarde son visage faible et confus. «
Ecoute-moi Lucy, si j`avais eu la liberté de choisir mon mari quand
j`avais quinze ans, j`aurais choisi un autre homme que Yuchin. Je
ne l’ai pas aimé, mais, à cause des traditions vietnamiennes
et de nos parents, nous nous sommes mariés à Hanoi,
sans avoir le choix. Je l’ai détesté quand j’étais
jeune mais, maintenant je suis très contente de nos deux enfants.
C`est bon. Mais toi Lucy, vos enfants sont des adultes et tu as le
choix de partir si tu veux. Tu dois demander du respect.. »
« Comment vont tes enfants ? » me demande-t-elle.
« Véronique a 17 ans, elle est très intelligente
et elle joue du piano et du violon. Lauban a 11 ans et il adore jouer
avec des ordinateurs et sur l’internet. Ils grandissent trop rapidement.
»
La plupart du temps, ces femmes ont besoin d’être écoutées.
Elles veulent de la compassion. Beaucoup de femmes doivent être
plus fortes. Les femmes du nouveau siècle devraient être
fortes. J’écoute très soigneusement et quand je pense
qu’elle a fini, je lui donne ma réponse. Elles m’écoutent
parce que 1) je suis honnête et 2) j’ai beaucoup d’expérience
avec le mariage, les enfants, les problèmes entre «
amis » et la vie en générale.
Je finis ses ongles et je le demande quelle couleur de vernis elle
voudrait. Elle choisit un rose très clair.
« Lin, tu as raison. S'il ne peut pas me respecter, je ne vais
pas lui donner mon attention. »
J’ouvre la petite bouteille de vernis et je continue...
« Lucy, tu vas comprendre que la vie est difficile et complexe.
Pour moi, c'était quand j’ai eu mes deux enfants et que Yuchin ne
m’aidait jamais. Les deux enfants venaient ici dans le salon de beauté
parce que Yuchin travaillait au restaurant. Ce n'était
pas juste parce que j’avais nos enfants toute la journée, sans repos.
J’étais si fatiguée que j’ai dit à mon mari que j’allais
partir avec les enfants s'il ne m’aidait pas. C’était seulement
une menace mais mon mensonge a marché parce qu`il a fermé
le restaurant pour deux mois. Quelquefois, vous devez faire des choses
qui sont très difficiles. Après, quand votre mari se
rend compte que vous êtes la chose la plus importante dans sa vie,
vous serez la femme la plus heureuse de Paris parce qu’il va vous gâter.
»
Elle sait que j’ai raison et finalement, nous sommes d’accord. Nous
rions ensemble.
« Ne bouge pas ! » je crie. Mais c'est trop tard,
j’ai mis du vernis sur son doigt.
« Désolée. Ah, oui c’est dur de commander du respect...
mais avec des ongles comme ça, rien n’est impossible ! Merci mille
fois Lin. »
« Pas de quoi. A mercredi prochain ! Bon courage
mon amie ! »