CLARA GALLEGOS DEL VILLAR
Un après midi où j’étais dans le Café Chloé, une petite fille m’a dit qu’elle voulait savoir ce que j’écrivais dans mon journal. Elle voulait savoir qui je suis, et pourquoi je suis au café tout le temps. Voilà l’histoire de ma vie. Je m’appelle Clara Gallegos del Villar. J’ai 83 ans. Je suis née le 21 août, 1918. Mes parents étaient espagnols, ils sont nés à Madrid. Je suis née et ai habité à Madrid seulement 6 ans, et après, ma famille est venue à Paris parce que mon père était propriétaire d’une chaîne de magasins. Ma famille, mes parents, mes sept frères et quatre sœurs, ont habité sur les Champs Elysées. Quand j’avais seulement 18 ans, j’ai connu un garçon très mignon qui s’appelait Antoine Debeauvier. Nous sommes longtemps sortis ensemble, et des années après, nous nous sommes mariés.
Antoine et moi avons eu 11 enfants, cinq filles et six fils. Mon mari était un homme politique, et je suis devenue une femme politique aussi. Il a travaillé dans le cabinet de trois présidents et aussi avec les Nations Unies, donc je suis allée à beaucoup de dîners et conférences avec lui. Antoine était un homme formidable. Je pense qu’il n’y aura jamais un mari ou un père comme lui. Nous avons aussi beaucoup de petits-enfants qui sont très gentils. Quand Antoine est mort, il y a neuf ans, nous avions 51 petits-enfants. Nous étions mariés pendant 55 ans. Oh, comme il me manque!
Quand Antoine est mort, j’ai décidé de vendre ma maison. C’était une maison très, très grande, et déjà en 1992, tous mes enfants étaient mariés, et la maison était abandonnée. Mes enfants m’ont offert d’habiter avec eux, mais non, ça n’était pas une bonne idée. Après beaucoup de conversations, je les ai convaincus de me laisser habiter dans un appartement. Ils n’aiment pas ma décision, mais c’est la vie! Mais il faut que je vous dise qu’au commencement, c’était un peu à difficile d’habiter toute seule, mais les voisins sont très gentils avec moi.
Je n’ai jamais travaillé, j’étais une femme au foyer toute ma vie. Pour ça, j’ai commencé à écrire dans mon journal. J’écris tous les jours, quelquefois deux heures par jour. J’écris les mémoires de mon enfance, mon mariage, ma famille, et tout ce qui s’est passé depuis 83 ans. Quelque fois c’est trop triste, et c’est impossible à écrire parce que je pleure beaucoup. On ne peut pas imaginer toutes mes histoires. Je me souviens de quand mes parents sont morts, quand mon mari est mort, et beaucoup d’autres tragédies. Mais, aussi, il y a plusieurs histoires comiques et heureuses. Je pense que peut-être mes enfants, mes petits-enfants et mes arrières-petits-enfants pourront lire toutes mes histoires. Ce livre sera comme un mémento pour ma famille. Quand je ne serai plus sur la terre, ma famille pourra lire mon journal. Et si mes petits-enfants me manquent, ce journal sera la méthode par laquelle ils se souviendront de moi.
J’aime habiter dans l’immeuble parce qu’il y a beaucoup de personnes et de bruit tout le temps. Quelque fois, je vais au café au rez-de-chaussée, et je parle avec les gens qui sont là. Je passe deux ou trois heures au café quand j’y vais, et si je trouve quelque conversation très intéressante, je l’écris dans mon journal. Je dis mon journal, mais la vérité c’est que j’ai quatre journaux. Le premier journal a des histoires de quand j’étais petite. Je parle de quand j’ai habité à Madrid et quand je suis venue à Paris. Je parle aussi de mes amis d’enfance. Le deuxième journal a des histoires de mes premières années avec Antoine et de la naissance de mes enfants. Mon premier enfant est né un an après mon mariage, et la dernière, 19 ans après. Le troisième journal a des histoires des mes enfants et petits-enfants. Finalement, le quatrième journal a des histoires de ma vie après que mon mari est mort. Chaque journal est différent parce que les quatre étapes principales de ma vie sont très différentes. Par exemple, je me suis mariée seulement une fois, avec Antoine, donc je parle beaucoup dans le deuxième journal de ce jour-là. Le 5 février est une date que je ne peux pas oublier, parce que mon mariage était le jour le plus heureux de ma vie.
Ça suffit pour ce qui est de mon mari, et je crois que je peux
parler aussi un peu de mon passe-temps favori: tricoter. Je fais
ça parce que j’ai 56 petits-enfants, et 7 arrière-petits-enfants,
et je leur fais des couvertures comme cadeau. Je sais que quand je
leur donne les couvertures, je leur donne un échantillon de mon
amour. Ils me disent que je ne dois pas faire tant de couvertures,
mais je veux que tous mes petits-enfants et arrières-petits-enfants
aient une de mes couvertures. Je sais que je ne suis pas immortelle,
donc il faut que je fasse toutes les couvertures que je peux pendant que
je suis vivante.
Je peux décrire aussi un peu les choses que j'aime et les choses
que je déteste. Par exemple, j'aime les chevaux. Quand
j'étais petite, j'ai eu un cheval à la campagne Quand
je suis venue à Paris, nous avions une maison à la campagne
un peu comme la maison en Espagne. J'avais beaucoup de chevaux là.
Je suis allée à la campagne très souvent, toutes les
fois que je pouvais. Mon mari a acheté une maison à
la campagne à côté de la maison de mes parents, et
donc, mes enfants ont aussi des chevaux. Mais, il y a un animal que
je déteste; c'est le chat. Je pense que les chats sont vraiment
ennuyeux et méchants. J'ai peur des chats noirs aussi.
Je ne m'intéresse pas aux chiens, mais quelquefois ils sont amusants.
Il y a beaucoup de chats et de chiens dans l'immeuble, et je me sauve chaque
fois que je vois un chat. J'aimerais que le propriétaire de
l'immeuble dise que les chats sont interdits, mais je ne suis pas sûre
que ça se passe. Peut-être dans le futur.
Voilà c’était une version un peu courte de ma vie.
Je sais qu’il y a beaucoup de choses que je ne t’ai pas dites, mais si
cela t’intéresse, tu peux lire mes journaux. Je dois partir
maintenant pour téléphoner à un des mes enfants, mais
j’espère que nous parlerons une autre fois. Au revoir!