Dominique Hinds

Violette Clafoutie

     Je m'appelle Violette Clafoutie. Vous reconnaissez peut être mon nom parce que j'étais vedette de danse classique. Il faut même dire que j'avais beaucoup de succès pendant les années soixante. Je jouais souvent dans les rôles
principaux à l'Opéra de Paris, au Palais Garnier. À cause de ma carrière, je connaissais bien les vedettes de notre époque, et j'assistais régulièrement à des fêtes dignes d'une reine. Mais avant tout, je dansais.
     Ma vie était parfaite, comme un rêve. Mais, tristement, ma vie a changé brusquement un soir au cours d'un spectacle, lorsque mon partenaire m’a laissé tomber et j'ai eu une blessure au genou gauche.  Après maintes opérations et des séjours de rééducation, mon genou n'a jamais guéri. Donc maintenant, visiblement, je ne danse plus, mais je reste active dans les organisations établies pour le développement des arts. Je ne m'inquiète pas beaucoup pour mon
état financier, et j'ai les moyens de soutenir généreusement les programmesartistiques.
     Je suis originaire d'Alsace, dans le nord-est. Si vous connaissez cette région de la France, vous me comprenez lorsque je dis que l'Alsace est un peu simple et morne. Les petits villages sont charmants, mais ce n'est pas
exactement le meilleur endroit pour une vedette de la danse classique. Quand je suis arrivée à Paris, la première chose que le directeur du Palais Garnier m'a dit était: "Véronique Creutzer..........eh bien !... vous savez.... euh…ce
nom ne marchera jamais." Dès ce moment, j'ai changé mon nom, et ce qui est encore plus important, ma personnalité.
     Je suis née dans un petit village au cœur de la plaine alsacienne, Kirviller. Je suis l'aînée de deux filles. Ma petite sœur, Madeleine et son mari, Michel, ont une maison dans le sud, et souvent je leur rends visite là-
bas. Ils ont deux enfants, Claire et Jean-Paul, ma nièce et mon neveu. Quand j'ai le temps, je garde les enfants de certains locataires de mon immeuble à Paris. Je reconnais que les femmes ces jours-ci ont beaucoup à faire, et en
tant que "retraite" j'ai souvent quelques heures de libre.
     Comme la température de mon appartement, j'ai la nature un peu froide. Je ne supporte pas bien le bruit ni le fouillis, et c'est pour ça que je suis contente de n'avoir jamais eu d’enfants. Mais il faut le dire, il y avait un
temps dans ma vie ou j'aurais aimé un enfant. Donc je me contente avec les enfants des autres.
     Au fait, je mène une vie très privée. Je ne révèle pas beaucoup de ma vie personnelle. Par exemple, après l'accident avec mon genou, j’ai souffert d'une longue dépression. Même aujourd'hui je suis rarement complètement heureuse.
C'est tellement dur: un jour on est adorée par tout Paris, reconnue dans les rues, et le lendemain, tombée dans l'oubli.  Un prince charmant m'a montré que Paris est vraiment la ville des amoureux. Paris a volé mon cœur et mon âme; je
ne voulais, je ne pouvais plus rentrer dans mon village en Alsace.
     Maintenant que j'ai quitté le théâtre, je suis préoccupée avec mon apparence physique. Je suis fière de mon corps de danseuse, et de mon visage soigné. Je m'entraîne encore régulièrement, car je suis déterminée à pouvoir
garder ma ligne ainsi que ma taille 38! Mon esthéticienne, Fabienne, vient me voir deux fois par semaine. Mon entraîneur, Patrick, me rejoint au gym deux ou trois fois par semaine. Etant toujours danseuse au "fond" de moi-même, je garde mes cheveux longs, mais je les monte en chignon, le style classique des danseuses. Vous voyez, malgré, mon comportement un peu sec, même sévère, je suis nostalgique, et je suis liée à mon passé.