Amandine Balsara
Maman
aimait tellement les bonbons parce qu’elle m’a raconté une fois
avant sa mort ici à Paris, ses parents étaient Catholiques
très stricts et le chocolat et le sucre leurs apparaissaient mauvais
pour l’âme. Au premier
rendez-vous avec mon père (duquel les
parents de ma mère n’ont jamais connu) il lui a apporté une
boite d’amandines. Maman n’avait rien goûté de si riche ni
de si sucré, et elle les a mangés tous avant d’arriver
au restaurant.
Elle
m’appelait «sa petite amandine » parce-que, comme les bonbons
de mon père, j’étais quelque chose d’interdit, caché
de ses parents, qu’elle adorait. Pour cette raison, je suis Amandine Balsara.
Mon
nom de famille, comme mon père, est de Bombay. Si son nom était
« Bretodot » ou quelque chose de moins étrange, peut-être
les parents de ma mère l’auraient aimé un petit peu. Mais
Viren Balsara était étrange, et la
famille Demol n’aimait rien d’étrange.
Je
n’ai jamais visité l’Inde, mais j’imagine que toutes les femmes
là sont comme ma grand-mère, Arthi. Quand je n’avais
que six ans, elle m’a enseigné les secrets du Tarot. Elle
m’a enseigné à lire les lignes de la main, et à
lire l’histoire d’une personne dans ces lignes. Dans mon deux pièces,
je pratique souvent la chiromancie.
Mes
parents sont morts tous les deux, mon père chez lui à Bombay
et ma mère à Paris. Mais moi, je ne suis pas seule. Nous
habitons, moi, Automne et Roi Louis le Gros dans mon appartement modeste
au deuxième étage de cet immeuble, 44 rue de Sévigné.
Le
Gros est un chat qui m’a trouvée quand je suis arrivée à
Paris de Québec. Il m’a suivi ici à cet immeuble. Je
n’aime pas du tous les animaux parce qu’ils n’ont pas de paume et je ne
les comprends pas, mais Louis le
Gros m’aime et il me suis toujours, je pense.
Automne
n’a pas de nom, en réalité. Il a des yeux qui ne sont pas
bruns et qui ne sont pas verts. Leur couleur est un peu comme les feuilles
des arbres en automne, donc je lui appelle Automne. C’est un garçon
d’environ douze ans, mais je ne suis pas sûre parce-qu’il ne m’a
jamais parlé. Je crois qu’il est orphelin. Il y a deux mois je l’ai
trouvé tout seul sur mon balcon. Je lui ai offert du riz et il l’a
mangé et il restait ici. Il habitera toujours avec moi, je pense.
J’ai seulement vingt-sept ans, mais je sens que je suis plus âgée
que la majorité des personnes que je connais. Par exemple, quand
une autre personne me voit, elle pense «Petite, cheveux longs et
noirs, des yeux grands, mystérieux, et d’une couleur très
près du noir aussi» Néanmoins, quand je me regarde,
je pense « Des mains fortes mais délicates, avec des doigts
assez longs et des ongles ronds, et un paume carrée » Moi,
je ne veux pas seulement observer les gens, je veux les comprendre.
Dans
ma chambre rouge il y a des décorations de chez ma grand-mère:
une lampe et des petits ornements de couleur dorée, des livres sur
la chiromancie, et ses peintures. Moi, je ne peins pas, mais j’adore regarde
les siennes.
Automne
aime rester sur le balcon avec Le Gros. Sans fenêtre ni balcon, mon
appartement apparaîtrait tout petit. Mais quand le soleil arrive
chaque matin il fait briller les ornements d’or.
Il
y a deux choses que je n’aime pas du tout dans mon appartement ici. D’abord,
je sais que la propriétaire est Catholique et je crains qu’elle
n’approuve pas mon métier.
L’autre
chose que je déteste est la cuisine de la dame qui habite au-dessous
de nous. Elle toujours fait des plats qui sentent comme le lait tourné.
Pour combattre l’odeur terrible, j’utilise de l’encens. Le Gros reste toujours
sur le balcon quand je fais ça parce-qu’il préfère
l’odeur de la cuisine, je crois.
Tout
considéré, j’adore habiter à Paris. Je sais que j’y
découvrirai mon destin.